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Brighton 2011, England - Brithton Art Fair

Article extrait d'Antiques Trade Gazette




ROSE DALBAN « DELOCALISAZIONE »
Jean – Paul Gavard-Perret critique d’art

Discrète voire secrète Rose Dalban est comparable à sa peinture : ouverte sur les autres et le monde. Sur un autre monde. Qui donc mieux qu’elle pourrait définir son travail : « Lorsque je peins, je fais le vide en moi. J’essaie d’oublier l’Appris. Tout le Culturel qui empêche de toucher au Vrai. Je ne veux pas témoigner d’un instant comme le photographe mais de tous les instants à la fois. Et c’est là que je me cogne. C’est là aussi que s’enracine la tenace exigence de la créatrice. La nature lyrique de sa peinture passe par la magie de la lumière. A travers elle l’artiste devient l’alchimie délicate de la vie intérieure comme frémissements extérieurs par son aptitude singulière à se pénétrer des impressions absorbées et les transformer. Son imaginaire en sa capacité à émouvoir exalte ce qui l’a émue. La peinture devient des signes lumineux et des mots dits tout bas.
Réfractaire aux doctrines et systèmes, facile à restreindre ses besoins, Rose Dalban se voue entièrement, loin des modes, à la quête intransigeante que réclame sa passion. Ainsi comme lorsqu’on demandait à Beckett pourquoi il écrivait, Rose Dalban pourrait faire à propos de sa peinture la même réponse que l’écrivain irlandais ‘’ Bon qu’à ça’’. Organes du sentiment aux couleurs et textures fines, ses peintures créent divers jeux de miroirs. ‘’Dans l’eau, je perçois le ciel, dans le ciel je devine l’eau’’.’’ On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve’’.’’ L’arbre est nu, tout à l’heure il sera vert, jaune brun ou peut-être qu’il n’est déjà plus un arbre. Tout bouge, tout se mélange. Rien n’est définitif. Seul un rai de lumière apaise ‘’ écrit l’artiste. Et c’est bien cette lumière pacifiante que l’artiste parvient à retenir.
Rose Dalban saisit l’interpénétration diffuse d’échappées vaporeuses et elle atteint une qualité de matière picturale qui résulte de la fusion entre les pans et leurs grains chromatiques. Au sein de localisation imprécise (ce que le peintre italien Parmiggiani nomme ‘’Delocalisazione’’) l’artiste libère sa spontanéité, permet la juxtaposition rapide de tons froids et de tons chauds. Se trouve tout un monde oublié de sensations. Pour accompagner d’aussi subtiles évocations la peinture recrée un rapport étrange comparable à celui que nous entretenons tout au long de la vie avec notre enfance.
Dans une substance (plus que dans une thématique) mélodieusement poétique Rose Dalban saisit l’impalpable de la sensation prise. Et à l’aune d’une exigence de vérité, elle dépouille de sa peinture tous les oripeaux esthétisants pour atteindre ce que Philippe Jaccotet appelle dans son ‘’Entretien des Muses’’ ‘’ La réalité réelle’’. Celle qu’il faut apprendre à voir et dont l’œuvre devient la propédeutique. Cette réalité est celle de l’évidence cachée, de la simplicité, de la vérité des couleurs et de la richesse de la matière face à ce qu’on rencontre trop souvent ; une abstraction desséchante et de vaines constructions intellectuelles.
Ici la peinture gagne en sensibilité, en émotion et non en pure émotivité. En enlevant les peaux du sens sur les épaisseurs de vie, Rose Dalban fait sa peinture translucide comme les organismes chimériques de profondeurs abyssales. Seuls des peintres comme elle supportent ces apnées de l’extrême. On ne se lasse pas de cette peinture riche d’une sorte de bonheur d’exister. Sans doute une telle artiste appartient-elle à une espèce en voie de disparition. Celle qui porte son œuvre et le réel toujours un peu plus loin.

Le 09 Juin 2010
Jean-Paul Gavard-Perret.

Jean-Paul Gavard Perret est un poète, critique d’art et maître de conférences à l’université de Savoie.
Docteur en littérature, il est membre du centre de Recherche Imaginaire et Création, Spécialiste de l’image du XXème siècle et de l’œuvre de Samuel Beckett. Il collabore à de nombreuses revues et a publié une quinzaine de livres.